Tour de l'Aiguille de Venosc

Difficulté : haute route, II

    J'espère orienter ce site vers la description des hautes routes des Ecrins afin de pallier au manque d'informations et d'iconographie concernant ces longues courses à travers la montagne qui ne sont, ni tout à fait de la randonnée, ni tout à fait de l'alpinisme. Je continue donc avec ce tour moins réputé que celui de l'Ailefroide mais pourtant d'un charme infini.


    Le parcours débute dans la sauvage et interminable vallée du Valbonnais, à Valsenestre, village reconstruit «à neuf», dont la visite à elle seule vaut ce long déplacement depuis la civilisation. Le gîte d'étape du Béranger est un modèle du genre: accueil impeccable, locaux confortables et bien décorés dans une ambiance rappelant l'usage ancien de ce bâtiment: une école. Les vieilles cartes affichées aux murs peuvent vous occuper une bonne partie de la soirée si vous ne restez pas en terrasse. La nuit, passée dans une chambre de six lits fort bien conçue, au coeur de ce village si calme bien qu'il s'atteigne en voiture, n'a sans doute pas été pour rien dans la réussite de notre randonnée car nous avons parfaitement récupéré de notre voyage et nous sommes révéillés frais et dispos.

    Le départ s'effectue à la sortie du hameau en prenant la route forestière montant vers la gauche et ne comporte qu'une seule bifurcation, qu'il faudra prendre à gauche, elle aussi (on ne quitte guère le GR 54). La route laisse alors la place à un sentier de montagne agréable qui vient buter contre la pente raide menant au col de la Muzelle (
2606 m).  La montée se termine sur une roche feuilletée d'autant moins rassurante que l'inclinaison augmente. Pourtant, ça tient! Il suffit de se tenir bien droit, le corps au-dessus des pieds, les jambes souples, un ou deux bâtons téléscopiques pouvant aider et rassurer. Depuis le col, on aperçoit déjà le refuge de la Muzelle, pour l'instant minuscule 500m plus bas, mais l'on a déjà 1350 m de dénivelé dans les jambes et l'envie de se poser un peu. Le vent n'y aide pas et il vaut mieux commencer par redescendre un peu pour admirer sur sa droite la partie miraculeusement suspendue du glacier de la Roche de la Muzelle dont l'arête rocheuse (qui n'est pas la voie normale) arrive jusqu'ici.

    Ce demi-kilomètre de hauteur réduit à néant, on longe alors le splendide lac de la Muzelle et l'envie d'une sieste se fait fortement sentir. Le temps de s'assurer auprès de la charmante gardienne de ce que l'on est bien attendu et plus rien ne s'oppose à satisfaire ce désir. Il n'est cependant pas impossible d'attendre le dîner en allant se promener vers l'Oeil de la Muzelle. On pourra alors admirer les roches percées, le chemin des fées et enfin, le glacier de la Muzelle, depuis la langue terminale cette fois. Ici commence la voie normale qui mène au sommet de la Roche de la Muzelle (3465 m), une belle et longue course côtée PD qui passe par le Col Jean Martin, puis dans du rocher peu franc, mais c'est une autre histoire...

    La nuit au refuge de la Muzelle est une nuit en refuge, avec ses petits désagréments, mais il faut remarquer que l'ambiance y est moins pesante que dans un refuge consacré prioritairement à l'alpinisme. On s'attarderait volontiers dans la salle à manger après dîner mais il faut tout de même penser à céder la place aux rares courageux qui vont y dormir quelques heures avant de se lancer à l'assaut de la Muzelle, au beau milieu de la nuit.


    L'étape de la seconde journée est plutôt longue et il ne faudra pas trop s'attarder sur les rives du Lauvitel car la suite nécessite une réserve suffisante de temps pour ne pas sembler trop laborieuse. Un départ aux aurores permet de savourer l'ambiance des alpages à l'heure où le berger rappelle les moutons qui se sont dispersés jusque sur les plus hautes arêtes herbeuses. Il permet aussi de contempler depuis le Col du Vallon (2523 m), accessible en une heure, le lever du soleil sur le Râteau, du côté du vallon de la Selle. L'ascension de la Tête de la Muraillette est tentante  depuis le col mais il est plus raisonnable de la réserver pour le matin du quatrième jour. La descente sur le lac du Lauvitel (Lau et Vitel signifient «lac») est assez vertigineuse mais tout à fait sécurisée par la qualité du sentier. On regrette simplement que le lac ne se montre avec ses vraies couleurs que dans l'après-midi. En amont de celui-ci se trouve l'unique réserve intégrale, interdite à toute présence humaine. Elle n'est pas bien grande cependant.


    Commence alors la longue descente sur Venosc (981 m). Ici les marmottes ne sont pas farouches, elles sont habituées aux visites. Attention à ne pas les nourrir, c'est très mauvais pour leur santé. L'arrivée se fait dans un sous-bois et présente peu d'intérêt.

    A Venosc se pose le problème de l'hébergement. Les possibilités sont certainement nombreuses mais il faut réserver longtemps à l'avance. Ne l'ayant pas fait, nous avons dû pousser jusqu'au gîte du Plan du Lac. Finalement, nous ne l'avons pas regretté: vastes chambres confortables et modernes, sens de l'accueil, assiettes bien garnies, vue sur l'Olan nous ont fait apprécier ce calme gîte où nous avons parfaitement récupéré des fatigues de la veille. Si l'on ne se sent pas les jambes, le propriétaire se propose même de venir vous récupérer en voiture. Et quel plaisir de repartir avec ces gros sandwiches fait avec le pain de Venosc!

    Le troisième jour est une étape courte qui permet de retourner au refuge de la Muzelle par une voie fort élégante mais il existe des variantes et il est également possible de boucler la randonnée dans la foulée. N'est-il pas plus agréable cependant, de profiter de ce retour à la Muzelle pour flâner un peu et de se réserver le lendemain matin pour réaliser l'ascension de la Tête de la Muraillette par le Col du Vallon, avant de rentrer durant le restant de la journée? C'est ce que nous avons fait et pour commencer, puisque nous venions de St Christophe, nous avons choisi de ne pas prendre le chemin depuis le parking de Bourg d'Arud, mais un peu plus haut sur la route, un autre chemin en rive droite du torrent qui serpente entre de magnifiques chalets de pierre en rénovation. La vue sur Venosc est magnifique et l'on rejoint le chemin principal après avoir traversé le torrent sur un pont de bois. Le fait d'arriver au refuge de la Muzelle par en-dessous et non par le col de la Muzelle donne une toute autre impression de sa situation.

    Le lendemain matin, ayant dormi dans la salle hors-sac pour ne déranger personne, nous quittons le refuge vers cinq heures pour le Col du Vallon. Nous montons léger puisque nous repasserons par le refuge. Nous arrivons juste à temps pour voir le soleil se lever. Ensuite, nous regagnons l'arête qui descend vers le Lauvitel et la suivons jusqu'au sommet en restant du côté Muzelle. Dans la chaleur de l'été, le glacier du Peyron n'est plus qu'un souvenir matérialisé çà et là par une petite plaque de glace. Inutile d'emporter les crampons...

    Le restant de la journée servira à regagner le Col de la Muzelle et à redescendre sur Valsenestre. Certes, nous sommes déjà passés par là quatre jours avant mais l'oubli et le changement d'orientation alliés à l'heure plus tardive rendent au paysage un caractère de nouveauté. Nous n'avions pas prévu de rester à Valsenestre pour une nuit supplémentaire mais nous aurions peut être dû car c'est à regret que l'on quitte cette vallée après l'avoir retrouvée.




 

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